On peut retrouver une pattern d'explication de l'apparente inefficacité des institutions internationales dans cette réflexion: ce sont les mêmes raisons qui sont (tout au fond) derrière l'échec du Doha-Round qui font aujourd'hui que l'ONU, au lieu de s'interposer et de se servir de son statut d'instance supranationale, doit en réalité composer avec les intérêts nationaux individuels.

Nietzsche

Au lieu de transcender les relations internationales entre états souverains, conformément à l'esprit de la Charte de l'ONU et des principes sous-jacents à la Déclaration Universelle des Droits de L'Homme, l'ONU se coltine les vexations et les susceptibilités réciproques. La somme de frustration ressentie par les fonctionnaires onusiens dans leurs rapports avec les représentants des pouvoir nationaux doit rendre perplexe. Sans compter que les aménagements de ces susceptibilités n'est que le vernis sous lequel on trouve, en fin de compte, les rapports de force réels. Les hommes ne sont pas prêts à faire fonctionner efficacement un organe comme les Nations Unies. Ils appartiennent encore à des nations, à des races, à des groupes d'intérêts matériels trop restreints, et les réflexes de base dans la conduite des relations internationales répondent principalement à ces déterminants. A notre niveau, ou tout au moins au mien, je déplore que cette attitude, celle qui consiste à se placer dans la peau d'un citoyen du monde, n'est encore presque exclusivement que tournée en dérision, respectivement poliment accueillie dans les meilleures cas.

Ce ne sont pas, ce ne sont jamais les structures ou la définition des Nations Unies qu'il faut blâmer, mais bien l'usage qu'en font les hommes. Les Nations Unies sont en tant que telles une des meilleures idées que l'humanité ait jamais tenté de réaliser.

La question de la souvernaineté, en ce qu'elle est liée explicitement aux intérêts nationaux et implicitement aux profils psychologiques/sociologiques/historiques nationaux, est précisément la source des blocages. Alors que l'UE, dont les membres ont accepté de déléguer de nombreux domaines de compétences aux instances européennes et qui est, quoi qu'on en dise, dans la réalité un succès naissant, au regard des objectifs raisonnablement envisageables, cet exemple ne semble pas faire d'émules. Comme si l'intégraion européenne devait fondamentalement être le résultat d'une certaine nécessité géographique/historique plutôt que l'aboutissement d'une prise de conscience et d'une réflexion logique. Disons que la souveraineté nationale, telle qu'elle semble gérée actuellement, et au vu des paradigmes politiques en vigueur depuis 1) la seconde guerre mondiale 2) la guerre froide, semble déterminée plus par des éléments socio-psychologiques et émotionnels médiatiques/publics que réellement rationnels ou logiques.

Le problème est plus large, évidemment, et des facteurs comme les frictions culturelles/éthiques devraient encore être examinés. Mais un des éléments de base de l'élaboration des rapports humains, ou tout au moins d'un modèle que l'on chercherait à en tracer, est clairement l'éducation des hommes, au premier plan, et au-delà le profil intellectuel collectif des sociétés d'une part et la construction d'une identité humaine collective - et l'acceptation de celle-ci par tout citoyen humain, sur la base de son intelligence individuelle.