Il y a d'un côté les néoconservateurs américains, et de l'autre les nébuleuses islamistes, rattachées à des Etats ou non. A priori, on trouve peu de liens à tracer entre ces deux éléments, ou trop, ce qui revient à pas grand-chose.

Mais une caractéristique qu'il me semble voir revenir souvent dans la structure géopolitique globale est d'une part l'intransigeance et le refus de dialogue de chaque partie face à l'autre, et d'autre part, conséquemment, le glissement paradigmatique que ces groupes ont opéré dans les relations internationales.

Les néoconservateurs ont une base idéologique claire: l'abandon de l'approche multilatérale des affaires internationales par les Etats-Unis, et l'usage assumé et décomplexé de leur force militaire/économique pour imposer un agenda idéologique et politique à travers le monde. Derrière la mission revendiquée de "démocratisation" du Proche-Orient, du Tiers-Monde, etc... se profile relativement clairement une volonté de domination politique mondiale. Les néoconservateurs ont beau répéter que la gestion traditionnelle des relations internationales a conduit là où nous nous trouvons maintenant et qu'il faut donc prendre les choses en main si on veut que ça change, ils sont en fait héritiers d'un courant idéologique qui a patiemment sapé les efforts réels (ou éclairés) pour résoudre les conflits de manière multilatérale et négociée. La mauvaise foi est la moindre des accusations qu'on peut leur lancer. Kissinger lui-même a expliqué dans un ouvrage qu'il voyait dans l'administration Bush les structures d'un gouvernement révolutionnaire: il parvient au pouvoir de manière normale (...), mais une fois en place, ne se soumet à aucune des règles de gouvernance en vigueur, et s'attaque au système étatique lui-même, en vue de le remplacer par autre chose, plus à sa convenance.

Parrallèlement, les soldats israéliens enlevés, les attentats de Mumbai, les actes terroristes contre le population irakienne (encore que ce terme ne veuille pas dire grand-chose sur le terrain: l'Irak semble surtout peuplé de chiites et de sunnites...) peuvent être examinés à la lumière de deux conceptions. La première est que la politique étrangère, occidentale en général et américaine en particulier, depuis la fin de la seconde guerre mondiale (sans parler des mauvaises habitudes héritées du colonialisme), est une politique de domination brutale, dont les victimes principales sont les populations qui ont logiquement pris les armes et luttent de façon asymétrique contre une influence étrangère qu'elles haïssent de plus en plus. La seconde conception procède de la première: contre un pouvoir politique occidental qui ne semble pas disposé à dialoguer un minimum, les courants socio-politiques majoritaires dans la population (il se trouve qu'ils sont islamiques), semblent également déterminés à empêcher tout dialogue avec les Occidentaux: c'est tout ou rien de chaque côté.

Ce n'est pas une théorie du choc des civilisations. Il me semble que le monde est en état d'intégration trop avancée maintenant pour que des scissions réelles puissent avoir encore lieu entre les cultures dominantes (sans compter que les risques réels les plus imminents sont d'ordre envionnemental plutôt que politique). Simultanément, la majorité de la planète ne semble ni avoir envie de vivre dans la guerre perpétuelle, ni d'imposer son mode de vie aux autres.

Le problème, plutôt, vient des élites, qui ont, elles, le temps et les moyens de se construire des visions du monde transcriptibles en agendas politiques. Elles ont des bras armés dans la population d'un côté, elles prennent la tête des nations organisées de l'autre. Le reste est affaire de spectaculaire.

On peut souffler dans la mesure où la réalité du terrain rattrape ces élites: l'Irak est un tel bourbier que l'administration Bush a commencé à mettre beaucoup d'eau consultative dans son vin préemptif. Israël risque de voir sa population arabe dépasser de beaucoup sa population juive dans quelques dizaines d'années. Les Syriens se sont faits sortir du Liban par une population exaspérée (et un peu de volonté politique de la part de l'ONU). Les Talibans, malgré tout, ne gouvernent plus l'Afghanistan (même si le mouvement connait quelque résurgences dans le sud du pays).

Mais partout et souvent, des actes apparemment isolés cassent les efforts et les acquis auxquels sont parvenus les acteurs sociaux/nationaux plus majoritaires, ou plus calmes. Les attentats de Mumbai en sont les dernier exemple. Tout le monde a condamné des actes terroristes aveugles, mais peu ont noté qu'en fait, la paix fragile et les relations plus calmes qui prévalaient entre l'Inde et le Pakistan (nucléaires tous deux) au sujet du Cachemire entre autres, ont volé en éclat à la suite de ces attentats: Dehli a recommencé à accuser Islamabad d'armer et soutenir les groupes islamistes qui déstabilisent et bombent la région (et Mumbai).

Un manque d'intelligence.. hum-hum... nooooon...