Il est dimanche soir, et apparemment, les dernières négociations entre le sidérurgiste européen Arcelor, l'indien Mittal, et le russe Severstal semblent avoir trouvé une conclusion. Ce serait... Mittal qui remporte le pompon! Toutes proportions gardées (ce seront les actionnaires d'arcelor qui accepteront, en dernier recours, de laisser leurs parts à Mittal), cette épilogue peut surprendre.

A peine les intentions de Mittal dévoilées (OPA), il y a de ça déjà quelques mois, le CA d'Arcelor sautait au plafond et réagissait très mal à la nouvelle, jurant que ça ne se passerait pas comme ça. Mittal, de son côté, et sans faire preuve d'une quelconque agressivité (ce sont eux qui tenaient le couteau par le manche, après tout), acceptait cependant de discuter et de reporter son offre et même de la revoir à plusieurs reprises. Arcelor s'est montré hautain et défiant vis-à-vis des Indiens, et est allé jusqu'à envisager une alliance avec un chevalier blanc pour le moins suspect, ledit Severstal. La chose a été ficelée si vite et si soudainement que les AG d'Arcelor ont vu des frondes de petits actionnaires protester contre la politique des administrateurs.

Si on observe l'évolution des événements depuis le début du feuilleton sidérurgique, on remarque que d'une certaine manière, et sous un angle un peu caricatural, Mittal endosse le rôle (classique) de celui qui cherche à s'offrir un concurrent de manière relativement loyale, au vu des lois du marché, tandis qu'Arcelor semble avoir fait montre de réflexes pour le moins archaïques face au milliardaire indien. On se retiendra de pousser plus loin la réflexion. Severstal, lui, représente un deux ex machina un rien trop providentiel. L'oligarche à sa tête, Alexis Mordachov, n'a pas dissimulé sa gourmandise lors des premiers contacts avec Arcelor, et ce ne sont que les actionnaires et investisseurs, réagissant mal à l'annonce d'un éventuel mariage Arcelor-Severstal, qui ont pu tempérer l'ardeur du CA, et au final, peut-être éviter que la manoeuvre ne se retourne contre ses initiateurs.

Comme si le CA d'Arcelor aurait, à tout prendre, préféré un oligarque russe (même aux dents longues?) à un ferrailleur indien (indigne?). Noooon... on n'ose y penser. Arcelor, ce sont des Français, des Luxembourgeois, bref des Européens, éclairés, pondérés, insoupçonnables, non? L'économie de marché se met en place au niveau mondial, n'est-ce pas? Ce qui fait que les règles du jeu sont les mêmes pour tous, c'est bien ça?

C'est bien ça?