Vous avez peut-être entendu parler du nouveau scandale qui se déploie outre-atlantique: le gouvernement américain espionnait avec l'aide de la CIA, des banques et du Swift, les contenus des transactions bancaires de citoyens américains et étrangers depuis.. oh bien quelques temps, à des fins de "lutte contre le terrorisme et de sauvegarde de vies humaines". Maintenant, Dick Cheney dénonce le fait que les médias aient exposé cette histoire au grand jour, sous prétexte de risque pour l'efficacité de la lutte contre le terrorisme. Rien de nouveau, dira-t-on, les officiels américains font leur numéro de gros bras, même pas efficaces, aux yeux du monde.

Ce qui m'inquiète plus est la confirmation, jour après jour, épisode après épisode, que le gouvernement américain s'enferre dans une logique de confrontation et de spirale de violence/défiance par rapport au problème qu'il a sur les bras. Le phénomène du terrorisme naît d'un sentiment de frustration des populations musulmanes (et pas seulement) face à l'attitude des Occidentaux, mais particulièrement des Américains, dans la conduite des affaires et des relations internationales. Il devrait être possible de le reconnaitre sans perdre la face, ou du moins, pour être plus réaliste, sans devoir renoncer à la moitié de son PIB. Une approche consistant à renoncer à la rhétorique du shérif (sous Clinton, on se plaignait des Etats-Unis en tant que gendarme du monde, maintenant, avec le Prix Nobel à leut tête, c'est carrément le champ lexical du far-west que nous devons nous coltiner) et (ré)adopter celle de la diplomatie, de la concertation et de la coopération, SOUS-JACENTE A UNE BONNE FOI EVIDENTE, serait mille fois plus efficace, mille fois plus rapide, et mille fois moins coûteuse pour diminuer les menaces asymétriques que le moindre programme d'espionnage de civils à grande échelle, sans même parler des guerres préventives.

Bien sûr, tout ceci parait utopique, du moins à moyen terme, et bien sûr, la classe dirigeante américaine a l'air d'avoir encore besoin du mode de relation rapport de force/clé dans le bras pour faire avancer un quelconque agenda (rappelons que c'est une nation JEUNE, 200 ans, et qu'il n'est pas irresponsable de considérer une nation comme étant aussi constituée d'une mentalité collective qui évolue dans le temps sur un mode pseudo-organique, qui mûrit et qui affiche des dynamiques de comportement qui ne se modifient que très lentement; rappelons pour finir que l'idéologie derrière la doctrine Monroe n'est pas aussi vieille que ça), bien sûr, on ne peut pas s'entendre avec n'importe qui sur la base de la bonne foi affichée, même si on dispose d'un potentiel militaire dissuasif évident (je ne suis pas certain que le monde gagnerait au change si les Chinois, par exemple, piquaient aux Américains leur place de superpuissance planétaire), et bien sûr, cette vision du monde ne prend pas en compte une donnée principale de la nature humaine: le propension à privilégier l'intérêt personnel/local/national à court terme, la volonté de dominer et la tendance à réagir aux stimuli émotionels en matière d'éthique (au sens large) plutôt qu'à la réflexion logique, bien sûr qu'il peut paraître immature, angélique ou naïf de parler de bonne foi dans les rapports internationaux...

...mais on peut toujours l'écrire, n'est-ce pas? On peut toujours commencer à diffuser ces idées, et à mettre en ordre des arguments? Qui sait, on pourrait peut-être en avoir besoin, un jour :-)